Elle est jeune et porte plusieurs casquettes : philosophe, sexologue, conseillère en vie affective et familiale… Sa démarche, à l’écart de tout engagement religieux ou politique, force l’intérêt et prête à réflexion sur l’évolution actuelle des nouvelles générations, dans le domaine si sensible de la sexualité et de la procréation. Elle montre que, retrouvant une humilité spontanée face à la nature, l’homme se situe immanquablement aux antipodes de l’héritage de Mai 68. Ce qui n’est pas tout, mais ce qui est déjà ça ! Présent l’a rencontrée.
Thérèse Jacob-Hargot, vous avez publié en février 2010 un essai aux éditions F.X. de Guibert, Pour une libération sexuelle véritable, où vous mettez en valeur les méthodes de régulation naturelle des naissances, à travers une redécouverte du corps. Comment en êtes-vous arrivée là ?
Mon double cursus universitaire de philosophie (Sorbonne-Paris I) et en sciences de la famille et de la sexualité (UC Louvain) m’a fait prendre conscience de plusieurs grandes impasses auxquelles il fallait trouver une porte de sortie. Tout d’abord, le problème numéro 1 des couples aujourd’hui : l’absence de désir. Les couples ne se désirent plus. Ce n’est pas parce qu’on est toujours disponible qu’on en a nécessairement toujours envie. Parfois même, le pouvoir est devenu un certain devoir. A cela, les sexologues préconisent à leurs nouveaux patients de s’abstenir de tout rapport jusqu’au prochain rendez-vous, intéressant, non ?
Aujourd’hui aussi, nous connaissons mieux les problèmes de santé que pose la contraception hormonale. Pour les femmes qui ne sont pas malades, n’est-il pas surprenant de prendre un médicament dont les effets secondaires possibles sont nombreux ? Pour les femmes souffrant de maladies leur interdisant l’usage de contraceptifs hormonaux, que peut-on leur proposer comme alternative pour réguler leur fécondité ?
Et puis, nous savons que les hormones de synthèse contenues dans les contraceptifs hormonaux ne peuvent être détruites, restent présentes dans l’environnement et contribuent à déstabiliser l’écosystème : notre sensibilité écologique ne peut s’y résoudre !
Enfin, sur les 230 000 avortements qui ont lieu en France chaque année, trois femmes sur quatre utilisaient une contraception. Outre les défaillances techniques donnant aux femmes le « droit » d’avoir un service après-vente (l’avortement), il y a les mauvaises utilisations de la contraception qu’on ne pourra, selon moi, jamais résoudre. En effet, la contraception ne respecte pas la personne dans sa complexité, réduisant le désir d’enfant à une volonté individuelle, occultant les désirs du corps et les désirs inconscients.
Plus de 40 ans se sont écoulés depuis Mai 68. D’aucuns qualifieraient votre programme de « retour en arrière ». Vous le voyez plus comme une ré-information répondant à un besoin ?
Au contraire, c’est le moyen de régulation des naissances de demain ! En réalité, le projet de « libération sexuelle » a complètement échoué avec la contraception. De l’impératif divin « Soyez fécond », on est passé à l’impératif contraceptif « Jouissez sans entrave », l’entrave étant l’enfant, la jouissance devenant le but de la sexualité. Etre esclave de ses pulsions et vivre sa sexualité en dépendant du médecin qui prescrit la contraception : est-ce cela être libre ? Le pire est d’avoir accordé à un produit agissant très négativement sur la sexualité des femmes, le fait qu’il l’aurait libérée !
Mais tout cela passe nécessairement par l’abstinence… Comment faire avaler cette nouvelle « pilule » aux jeunes générations ?
Eh bien cela passe très bien chez les jeunes générations ! Elles sont très réceptives et très demandeuses.
Et de façon caractéristique chez les garçons. Pourquoi ? Parce que c’est bien souvent la pornographie qui a fait leur éducation, n’ayant pour d’autres objectifs que la performance et le plaisir, poursuivis toujours plus loin : l’impact est très négatif. Cela induit immanquablement des angoisses et souvent des troubles physiques. Dès lors qu’on leur propose une sexualité détachée d’un devoir de procréation d’un côté, de jouissance et de performance de l’autre côté, ils sortent apaisés. De plus, l’abstinence, c’est aussi un moyen de faire preuve d’imagination, c’est une invitation à la tendresse qui a été laissée pour compte dans la relation amoureuse.
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> Love Generation, le projet de Thérèse Jacob-Hargot.